vendredi 3 octobre 2014

Mélancolie

La lumière des lampadaires jette des ombres de dentelle sur les murs de ma nuit. J’y dessine des créatures ailées avec mes doigts, j’imagine des contes de fées qui ne mentent pas. J’étouffe les soupirs.

Je fais l’étoile au centre du lit. J’essaie d’occuper le plus d’espace possible, d’anéantir le vide au creux des draps défaits. J’ai la peau en chair de poule, des frissons de silence me traversent l’échine comme un choc électrique.

Je roule sur le côté et ferme les yeux. Mes paupières tremblent et j’insiste. Je les empêche d’ouvrir comme s’il ne suffisait que de fermer les yeux pour dormir. Tirer le rideau de l’âme, plonger dans la noirceur sans ombre, s’aveugler devant tout ce qui manque. Je serre fort jusqu’à voir des étoiles. J’essaie de les compter, mais elles disparaissent trop vite.

J’abandonne et ouvre les yeux, rampe jusqu’à mon côté du lit. Même si tous les côtés m’appartiennent, maintenant. Je tâtonne sur le sol jusqu’à sentir ma guitare sous les doigts. Je la ramène à ma poitrine et roule sur le dos à nouveau.

La fraîcheur de sa caisse me brûle la peau. Mes doigts prennent place sur les frettes, mouvement naturel que je ne remarque plus. Je gratte les cordes de mon autre main, frissonne sous les vibrations du bois verni. Étendue dans mon lit, je fredonne tout bas, accorde ma voix à la mélodie, jusqu’à ce que tout vibre dans l’univers.

Say you're back
say you're good
that words can fly
misunderstood
and we can take hold of the past*

Dehors le vent siffle contre la fenêtre. Je l’entends gémir par-dessus la musique, une complainte altruiste que m’offre la nuit, une caresse latente que je rebute par vengeance. Je chante plus fort.

You left me down
on my knees
now it's my turn
to watch you plead
so cry me a river of gold*

Je m’arrête net au son d’un miaulement étouffé. Je relève la tête et aperçois une silhouette féline de l’autre côté de la fenêtre. D’un mouvement, je dépose la guitare, glisse hors du lit et ouvre la fenêtre. La chatte noire du voisin saute sur le sol et se frotte à mes mollets. Je m’affale à nouveau sur le lit, rabat cette fois les draps sur ma peau glacée. La chatte grimpe sur le matelas comme s’il lui appartenait, secoue son corps menu en faisant tinter sa médaille. Il y est écrit « Mélancolie », et je songe encore que c’est le nom de chat le plus magnifique au monde.

Je tire les draps vers le haut; Mélancolie connaît la danse. Elle se faufile dans l’ouverture, se roule en boule contre mon ventre, la douceur de son poil à mon corps meurtri. Ses ronronnements vibrent jusque dans mes os et je ferme les yeux sans forcer.

Elle ne restera que pour la nuit. Demain, elle sera repartie par la fenêtre ouverte sans me réveiller. Mais elle reviendra la nuit venue, encore et encore.


Elle reviendra là où tu ne viens plus, pour chasser les fantômes de ton absence.




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